Faire l’école à la maison à son enfant surdoué ?

Les enfants surdoués… On en entend de plus en plus parler et on le comprend de mieux en mieux. Bien que le terme surdoué reste tout de même assez incompris dans sa totalité, j’utiliserai dans cet article en préférence le terme “haut potentiel intellectuel” (HPI). En effet, c’est un mot qui est plutôt perçu de façon vantarde et orgueilleuse, alors qu’il n’en est rien. Bien au contraire.

Lorsque l’on dit surdoué, on pense de suite à une sur intelligence, des capacités indéniables et des personnes qui réussissent. Or nous sommes très loin du compte, et la majeure partie des enfants haut potentiel sont en échec scolaire… Mais être surdoué, c’est quoi en réalité ?

Témoignage : je fais l’école à la maison à mes enfants “surdoués”

La surdouance, c’est quoi ?

C’est avoir un fonctionnement différent. Une façon de penser, de réfléchir et d’agir totalement différente. Bien que le QI soit supérieur à la moyenne (qui est de 130), cela ne signifie pas une sur intelligence. Les enfants à haut potentiel intellectuel d’ailleurs sont en majeure partie en échec scolaire : ennui, lassitude, avancée, enseignant qui ne convient pas, pédagogies mauvaises…

Avant de faire diagnostiquer mon premier fils, pour moi, le terme surdoué, c’était quelque chose de simple, fluide. Quelque chose que je pouvais envier sans même le connaître. J’imaginais des enfants réussissant pleinement leur cursus scolaire, épanouis, pour terminer ingénieurs ou chefs d’entreprise.

Hélas, en ayant vécu cela avec mes propres enfants, j’ai vite déchanté…

Consultation psychologue

Nous avons toujours fait l’école à la maison, mes enfants n’ont jamais été à l’école. Et aujourd’hui je ne regrette nullement ce choix. Je n’imagine pas un seul instant avoir pu jeter mes enfants HPI (= surdoués) dans une jungle où ils se seraient perdus et où ils auraient stagné.

Mes enfants ont commencé l’instruction à la maison de façon classique. Manuels scolaires de maternelle lorsqu’ils en avaient envie, beaucoup de jeux, puis cours par correspondance à partir de l’âge obligatoire d’instruction. Ils arrivaient au résultat à une vitesse incroyable, mais ce qui m’intriguait c’était plutôt ce non raisonnement : lorsque je leur demandais comment ils avaient fait, ils étaient incapables de me répondre.

Ce qui me perturbait le plus, c’était ce comportement à côté de l’instruction. Hypersensibilité, hyperémotivité, cerveau qui ne s’arrête jamais, dormir peu, exacerbation des sens, questions en boucle (Caractéristiques des enfants HPI). Si je n’avais pas la réponse, je pouvais m’attendre à un tsunami : pleurs, colère, casser des choses. Je ne comprenais pas du tout comment on pouvait se mettre dans ces états. Et puis, à bout de force, à pleurer tous les jours, j’ai donc été consulter une psychologue, qui dès le premier rdv, a posé cette hypothèse de HPI. Je ne comprenais pas car c’était encore trop inconnu pour moi. Et le test est tombé : THPI (très haut potentiel intellectuel). Tout s’expliquait et pour moi tout devenait fluide : ces questions en permanence, cet “hyper” dans toute chose. J’ai donc informé la psychologue de l’école à la maison, qui m’a félicité ce choix en me disant qu’il était le meilleur pour les enfant HPI. J’étais apaisée mais quelque part angoissée.

Parcours école à la maison

Comment gérer ? Comment sortir justement de ce cursus public pour apporter à mes enfants ce qu’ils ne devraient pas avoir ?

Nous avons commencé officiellement par des cours par correspondance, pendant 2 ans. Catastrophe ! Les résultats étaient là, mais cela restait trop scolaire : régularité des cours, beaucoup de formel, peu de raisonnement. Ce qui frustrait mes enfants énormément.

Après ces deux années difficiles, et pourtant malgré les félicitations des écoles de cours par correspondance, nous avons opté pour l’instruction en famille. Je faisais mes propres cours, prenait des fiches sur internet, me servait de supports. C’était déjà un peu plus accessible, l’apprentissage passait mieux. Et puis, après une année, j’ai réfléchi. J’ai observé la situation, et je me suis aperçue que la majeure partie (voir toute la partie, à 95%) de leurs connaissances provenait de leurs lectures, et de leurs sorties (activités, sport, ateliers). J’étais ainsi stupéfaite de me dire que tout ce qu’ils absorbaient, c’était uniquement par leur personne et par ce qu’ils vivaient (environnement). Sans cours, sans contrainte, et avec plaisir. Les questions étaient toujours présentes, mais cela était plus gérable. Nous sommes donc passés au unschooling, bien qu’ils gardent quelques fiches sur lesquelles ils aiment travailler (calcul mental principalement).

J’ai pu leur apprendre et leur faire comprendre qu’il y a des questions où l’adulte à la réponse, qu’il y a des questions où l’adulte n’a pas la réponse et où il faut effectuer des recherches, et des questions où l’on ne connaît pas les réponses. Et ce dernier cas est le plus difficile à gérer. Car pour eux, ils veulent tout connaître.

Difficile pour l’enfant plus que pour l’adulte

Avoir un enfant HPI est une difficulté certaine, mais il faut déjà se mettre en tête que la difficulté est principalement pour lui. C’est aussi une richesse car on peut arriver à de merveilleuses choses de façons totalement différentes et imprévues, en toute tranquillité et sérénité. C’est ce que j’ai pu déduire de mon expérience auprès de mes enfants.

Beaucoup de mamans sont dans la situation dans laquelle j’étais : dépassées, démunies, incomprises et qui ne comprennent pas ce qu’elles voient. Apprendre à connaître son enfant, c’est une chose difficile mais tellement bénéfique, qu’il soit HPI ou non. Ainsi, nous sommes plus proche de lui, on arrive à lui proposer tel ou tel apprentissage de la meilleure manière qu’il soit, mais surtout on prend du plaisir. Parce qu’on comprend les choses.

Surtout dans le cadre de l’instruction, c’est quelque chose de trop important pour pouvoir laisser le temps passer, se faire du mal et faire du mal au sein du foyer.

Une différence riche et intéressante

Ma vie a changé lorsque ce diagnostic a été posé. Mes enfants ne sont pas mal élevés, ne sont pas des extra terrestres et ne sont pas anormaux : ils sont juste différents ! Et j’aime leur apprendre à vivre avec cette différence dans ce monde. On apprend ensemble et c’est pour moi un réel bonheur.

La souffrance peut être enfouie très profondément, et surtout chez le HPI. Cela le ralentira dans son apprentissage c’est certain. Tandis que si l’on pose des mots sur des maux, cela sera plus clair, plus transparent, même si cela ne sera pas évident dans l’instant. Il comprendra mieux certaines choses et le parent sera mieux à même d’accompagner. De nombreux sites internet sur le sujet fleurissent sur la toile, on peut aisément se renseigner et appliquer, même si bien entendu ce n’est pas évident dans les débuts. Mais cela permettra de travailler, même pour le parent.

Par exemple, je sais que mes enfants ne passent pas par le raisonnement, mais arrivent directement au résultat. Lorsque je leur demande de raisonner ou comment ils ont fait pour trouver ce résultat, j’essuie des cris, des pleurs et de l’incompréhension. Ainsi j’ai appris, petit à petit, à passer par le raisonnement, leur expliquer les choses, sans leur dire directement. Je sais à quel point cela peut être frustrant d’apprendre sans comprendre et de réussir, sans que l’adulte en rajoute !

Ces petits zèbres que j’élève, que j’instruis, j’ai envie qu’ils s’épanouissent dans ce monde. Malgré leurs rayures, ils ont leur place et ils doivent le savoir !

L’école à la maison est faite pour les enfants HPI

L’avantage de l’école à la maison, c’est qu’ils peuvent faire de nombreuses activités et rencontrer plein de monde. Même s’ils n’ont pas d’amis, ils sont socialisés et c’est pour moi l’essentiel. D’ailleurs, être sociable ne signifie pas impérativement avoir des amis. Mais rencontrer des gens différents dans de multiples lieux. Je me dis peu être qu’un jour, ils arriveront à s’intégrer, malgré leur différence, et qu’ils pourront s’épanouir. Que le monde arrivera à les accepter et les comprendre. Et qu’ils puissent le faire eux-mêmes…

L’école à la maison est la solution, pour moi, pour les enfants HPI. Le parent apprend à mieux connaître son enfant et ainsi détecter son profil d’apprentissage pour mieux l’instruire.

Passer le test ou non ?

Mon conseil aux mamans qui ont des doutes sur une éventuelle précocité ? Inutile de faire passer le test de façon systématique. Hélas c’est devenu un phénomène de mode chez beaucoup. Si aucune difficulté n’est rencontrée, le test n’est pas forcément utile. Mais si de multiples épreuves sont présentes, alors le test s’impose : il est important que le parent puisse comprendre, mais surtout l’enfant. C’est comme passer une vie dans un monde que l’on ne comprend pas en ne se comprenant pas soi-même. Quelle terrible épreuve !

Le test est assez long (3 heures nous concernant), et assez coûteux (450€ par test chez nous). Ainsi ne pas s’infliger une telle aventure si aucun souci n’est visible.

Il est bon aussi de savoir que le diagnostic est plus difficile pour les filles, qui gardent tout en elles et qui s’adaptent à toute situation. Niveau scolaire cela reste très studieux et appliqué. Jusqu’à l’adolescence où… tout explose !

Laisser son enfant gérer

J’encourage mes enfants dans toute chose, et je ne les oriente pas vers telle ou telle profession. Ils feront ce qu’ils aimeront, et ce peu importe les diplômes qu’ils auront. Car j’ai moi même compris que mes diplômes ne m’ont servi à rien aujourd’hui et que j’ai pu m’épanouir par ce que j’aime, et ainsi gagner ma vie. J’ai aussi compris que le bonheur ne réside pas dans les choses matérielles, mais qu’il réside avec ceux que nous aimons, et ce que nous faisons. J’ai envie que mes enfants arrivent à cela, par les causes qu’ils feront, en gérant eux-même leurs apprentissages. Chaque être en est capable, et ce peu importe la façon d’y arriver. Chaque être humain a des capacités et des compétences, HPI ou non. Si on laisse l’enfant développer les siennes sans orienter ni contraindre, il pourra faire ce à quoi il est destiné selon sa personne, ses passions et ses compétences.

Ne pas imposer

Les parents ont tendance à imposer leurs choix et souhaits sur le professionnel, parce qu’ils pensent que c’est le meilleur. Étonnant, car tout parent à la base refuse que son enfant soit dans un moule et considéré comme tout le monde, surtout lorsque l’on fait l’école à la maison. Et pourtant c’est ce qui est fait : mettre l’enfant dans un moule.

Certains qui ont réussi professionnellement n’ont jamais été à l’école, n’ont jamais suivi autrui, ont appris de leurs erreurs.

J’aime lorsque mes enfants se trompent. Parce qu’ils apprennent. L’échec n’existe pas. On tombe, on apprend et on se relève.

Je n’aimerai pas imposer à mes enfants. Tout comme je n’ai pas aimé lorsque l’on m’a imposé telle ou telle profession. Ce sont des êtres à part entière, dans leur différence, qui deviendront des adultes responsables, comme tout le monde…

L’école à la maison avec des enfants HPI est une tâche compliquée, mais tellement riche.

Apprendre à comprendre pour pourvoir mieux instruire…

J’aimerai que les mamans sachent qu’il n’y a rien d’orgueilleux à avoir des enfants surdoués. Que c’est une grosse difficulté et que ni eux, ni nous, ne l’avons souhaité. Que c’est une épreuve comme une autre qu’il faut gérer.

Connaissez-vous des mamans qui font l’école à la maison à leurs enfants HPI ? Ou êtes-vous vous même dans ce cas ?

Découvrez d’autres témoignages sur l’école à la maison, et n’hésitez pas à partager les vôtres !

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ummacademy

Maman de 3 enfants instruits en famille depuis 2013. Assistante maternelle formée à la pédagogie Montessori. Auteure de 4 ouvrages, formatrice sur l'école à la maison, fondatrice des sites Apprends-Moi Ummi et Fiches Islam IEF

    "Témoignage : Je fais l’école à la maison à mes enfants “surdoués”"

    • hanane

      Olala j’ai des fois l’impression de reconnaître mon fils en cm1 il a 9ans. Il va à l’école . Il est en chute libre de résultats car il ne travail pas en classe. Et au niveau comportement il est hyper sensible . Se met à casser quand il est en colère. Je voit qu’il y a quelque chose qui va pas mais je n’arrive pas à savoir. Il a fait un test qi avec la psychologue scolaire. Elle la pas réussi à évaluer. . Je suis perdu

    • ummacademy

      Je te conseille un très bon article Hanane sur justement les psychologues scolaires :
      http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2012/02/17/detection-des-enfants-surdoues-par-les-psychologues-scolaires/

    • Lily

      Merci pour cet article, je fais l’école à la maison, ma fille est THPI également et je retrouve notre parcours dans ce témoignage. C’est réconfortant de découvrir un autre chemin de vie semblable au notre.

    • ummacademy

      Merci à toi Lily pour ton retour ainsi que ton partage. Il est vrai que cela est plus ou moins similaire mais totalement différent c’est incroyable. L’accent a été appuyé sur le scolaire mais le hpi est tout aussi difficile à gérer dans toute chose de la vie quotidienne

    • Anne CHATILLON

      Bonjour
      Maman de 2 enfants surdoues devenus adultes maintenant, j’ai leur retour sur le parcours ecole a la maison et education differente… cest sans appel : ils sont tres heureux des choix anti conformistes que j’ai fait pour eux “à l’époque”. Ils ont 27 et 23 ans et me remercient encore pour le cran qu’il m’a fallut pour oser contrer tout un systeme et affirmer mes choix educatifs. Et moi ? 54 ans aujourd’hui… surdouee moi meme je ne regrette en aucune façon et sur aucun plan ce que jai pu leur apporter.
      Je suis a votre disposition pour en parler… vs dire comment jai fait, avec quoi et sans internet à l’epoque !!

    • Majdeline

      Salam aileykoum.
      J’ai beaucoup aimé ton article !
      J’ai un garçon qui va avoir 4ans dans quelques mois inchaallah et ce que tu décrit dans les comportement c’est exactement ce qu’on vit tous es puissance 10 c’est épuisant…
      Il es scolarisé depuis septembre mais j’avoue que je songe de plus en plus à faire l’école à la maison. La maîtresse m’a dit que cela était encore trop tôt pour savoir si il était precose ou autre mais en tous cas il a un gros potentiel machaallah il fait tous les travail facilement et es en avance sur tous ces camarades même les moyens (il es dans une classe à double niveau petits / moyens) à côté de sa le comportement es difficile à canalisé à la maison il es très exigeant très carré dans sa tête… Il faut qu’il soit occupé pour pas que sa dégénère.
      A partir de quel âge tu a vu que t’es enfants était différent ?

    • ummacademy

      Bonjour Anne !
      Merci beaucoup pour ce partage qui est très enrichissant pour nous toutes. Vous avez bien agit et cette reconnaissance de vos enfants en est la preuve. Il a dû falloir beaucoup de cran effectivement, surtout à “l’époque” où le HPI était encore inconnu et l’école à la maison encore plus. Une maman sait et sent au mieux ces choses là. En apprenant sur ses enfants on apprend aussi sur soi-même, ce qui a été également mon cas. Je pense qu’ils sont indirectement un intermédiaire pour apprendre à nous connaître et nous font prendre conscience de beaucoup de choses…
      Je comprends parfaitement votre ressenti, j’ai moi-même ne pas voulu reproduire auprès de mes enfants ce que j’ai pu endurer dans le scolaire étant enfant !
      Merci beaucoup Anne, et ce serait un réel plaisir de partager avec vous
      Céline

    • ummacademy

      Wa‘alaykum assalãm wa rahmatu Llãhi wa barakãtuh ma soeur Majdeline,
      merci à toi pour tes remerciements !
      Je suis d’accord avec toi : c’est épuisant
      Concernant mes garçons j’ai vu cela très tôt, à partir de 2 ans. Mais c’était plus sur le comportement très difficile à gérer que sur le scolaire en lui-même. Malgré leur avancée je remettais cela toujours sur le bienfait de l’école à la maison (lecture à 4 ans, questions multiples, scolaire 2 années d’avance…)
      J’ai patienté 2 longues années puis j’ai été consulté. Le diagnostic a été fait à 4 ans et demi. Certaines psychologues diront qu’il est mieux d’attendre 6 ans, d’autres non. La mienne n’a vu aucun inconvénient à ce que le test soit fait si tôt, et nous n’avons eu aucun souci. Mais pour certains enfants cela peut être plus compliqué

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